Quelques réflexions sur le monde imaginaire dans la vie des jeunes enfants

Cèlia, la prof de catalan préférée des élèves du primaire, vient de terminer une formation intitulée « El món de la fantasia i la imaginació : la literatura infantil i juvenil » (Toutes nos félicitations à Cèlia !). C'est un sujet fantastique pour les élèves du primaire, qui sont naturellement prédisposés à l'univers de la fantaisie. Nous associons souvent la fantaisie aux premières années de la vie, où les princesses, les dragons et les licornes sont des thèmes courants dans les livres destinés aux moins de 6 ans. Mais la fantaisie est-elle quelque chose dont nos enfants de 0 à 6 ans ont besoin ou pour laquelle ils sont prêts ? Les guides de la communauté des tout-petits aimeraient vous en dire plus…

Nous aimerions vous faire part de quelques réflexions intéressantes sur la vision Montessori du concept de fantaisie. La fantaisie désigne les histoires et les idées issues d’un monde qui n’existe pas (ces fées, ces dragons, ces chevaux qui parlent, etc.). L’imagination, quant à elle, est la capacité à créer des images ou des scénarios dans son esprit, indépendamment des stimuli sensoriels du moment présent. Alors, quelle est la différence ?

L'imaginaire, c'est offrir des fruits en bois pour jouer plutôt qu'une vraie banane à couper en rondelles. L'imaginaire, c'est lire un livre sur un chien qui parle plutôt qu'un livre sur les différentes races de chiens à travers le monde. L'imagination, c'est un enfant dans la cour de récréation qui fait semblant d'être un aigle parce qu'il en a vu un en vrai pour la première fois ce week-end-là. L'imagination, c'est des enfants qui jouent à « la famille » parce qu'ils ont envie de mettre en pratique les rôles qui leur sont présentés chez eux.

Livre non fantastique sur les animaux destiné à la petite enfance

L'imagination est inhérente à l'esprit humain. C'est d'elle que découle notre créativité, et c'est l'un des moyens par lesquels nous assimilons ce que nous apprenons sur le monde fascinant qui nous entoure.

Selon nous, dans la vie d’un jeune enfant, tout ce qu’il découvre est source d’émerveillement et le remplit d’étonnement. Nous n’avons pas besoin de lui raconter des histoires de licornes, d’une part parce qu’il a souvent du mal à distinguer si elles sont réelles ou non, mais aussi parce qu’un vrai cheval est tout aussi fantastique à ses yeux. Alors que le monde entier est encore relativement nouveau pour lui, les animaux, les plantes, l’environnement et les vraies personnes constituent une source d’inspiration plus que suffisante pour son jeune esprit.

Nous savons tous que même les tout-petits font appel à leur imagination. Il s'agit d'une étape normale et naturelle de leur développement, que nous valorisons et respectons. Nous préférons simplement offrir à nos élèves des occasions réelles et authentiques plutôt que de leur proposer des simulations. Nous savons qu’un enfant de trois ans est tout à fait capable d’acquérir des compétences de base en matière de préparation des repas ; nous le guidons donc tout en lui donnant le sentiment d’être autonome. Un tout-petit est assez grand pour commencer à apprendre à balayer les saletés sur le sol. Plutôt que de lui fournir un kit de nettoyage factice, nous mettons à sa disposition de vrais outils de nettoyage adaptés à sa taille, et nous guidons les jeunes enfants pour qu’ils apprennent à s’en servir efficacement.

« (Le jeune enfant) ne parvient pas à bien faire la distinction entre le réel et l’imaginaire, entre ce qui est possible et ce qui relève simplement de l’invention. » – Dr Montessori, Times Education Supplement, 1919

Un enfant qui passe trop de temps dans un monde imaginaire peut avoir du mal à nouer des relations avec les autres, à interagir au sein d'un groupe ou à vivre pleinement le moment présent. Cela peut aussi être très angoissant pour lui.

La philosophie Montessori part du principe que chaque chose a son temps, et que le moment propice à l'imagination sans limites survient bien plus tard (après l'âge de 6 ans). Une exposition précoce aux contes de fées peut conduire au développement d'une personnalité encline à la fantaisie. Cela signifie que la personne se détache des défis de la vie adulte et préfère se concentrer sur son imagination.

Si les jeux d'imagination peuvent être source de plaisir pour les enfants et constituent un élément important de nombreuses cultures (nous savons que le Père Noël et El Tío sont des traditions importantes qui apportent de la joie à de nombreuses familles), il est important de reconnaître que certains jeux d'imagination peuvent effrayer les enfants, en particulier lorsqu'ils impliquent des jeux de guerre ou des monstres. Souvent, les enfants qui se livrent à ce genre de jeux peuvent effrayer ou bouleverser d'autres enfants, voire eux-mêmes, avec leurs fantasmes.

Ce que nous constatons en classe, c'est que certains enfants sont complètement absorbés par ces univers ; ils s'identifient à ces personnages et passent beaucoup de temps à rejouer les scènes fantastiques qu'ils voient à la télévision, au lieu de s'adonner à des activités qui favorisent leur épanouissement et de socialiser avec leurs camarades.

Vous pouvez aider votre enfant en lui proposant de lire des livres réalistes, de regarder des émissions de télévision inspirées de la réalité (des documentaires) et de jouer avec de vrais objets (en évitant les émissions de télévision comportant des scènes d'action et des personnages animés). Vous pouvez également l'aider en l'encourageant à pratiquer des jeux sûrs et constructifs (plutôt que destructeurs). Les enfants peuvent ainsi collaborer avec les autres dans un esprit de coopération, en faisant preuve de respect envers autrui et en apprenant à adopter un comportement positif tout en laissant libre cours à leur imagination.

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